Domaine confidentiel il y a encore quelques années, la préparation mentale gagne du terrain chez les sportifs. Que la discipline soit collective ou individuelle, ils sont de plus en plus nombreux à compter un préparateur mental dans leur entourage. Mais en quoi consiste cette approche de la performance ? « C'est faire en sorte que l'athlète soit capable de gérer son état mental dans l'instant présent. C'est-à-dire qu'il soit en mesure d'analyser ses émotions pour les maîtriser », détaille Julien Deville, préparateur mental nantais.
Ce dernier travaille notamment avec le footballeur Lindsay Rose (FC Lorient) ou encore le tennisman nantais Gleb Sakharov. L'enjeu ? Les amener à répondre à cette question : comment je performe ? « Le pourquoi relève de la psychologie, qui est un autre domaie. C'est pour cela qu'on utilise beaucoup la relaxation et l'imagerie mentale, explique Julien Deville. Pour le cerveau, le fait de s'imaginer en situation revient au même que le fait d'être en action. C'est le principe des neurones miroirs. »
« Mon ego en a pris un coup »
Sur les courts, Gleb Sakharov en tire une expérience positive. Depuis le recours aux services de Deville, le licencié du Snuc a vu bondir son classement ATP. Aujourd'hui, il figure à la 153e place mondiale quand, il y a un an, il pointait autour de la 325e. « Il n'y a pas que ça, tempère Sakharov. Pour entrer dans le Top 200, il y a aussi tout le travail tennistique et physique à côté, mais c'est sûr que c'est une partie de la performance. »
Il reste que l'apport de Julien Deville n'a pas été négligeable. Et qu'il en a immédiatement mesuré les effets. « Je les ai sentis dès le premier tournoi où on a travaillé ensemble. Il m'a surtout fait bosser la respiration et ma ventilation dans les échanges. Par exemple, sur mes revers, j'inspirais au lieu d'expirer, donc je retenais mes coups. »
Ce déclic, Dominik Klein, ailier gauche au HBC Nantes, l'a aussi connu. L'Allemand a découvert la préparation mentale en 2010, après une non-sélection avec la NationalMannschaft, sur les conseils de son agent Jurgen Boss. « Depuis l'été 2009, mes performances étaient en berne, raconte Dominik. En tant qu'homme, j'ai eu dû mal à me faire à l'idée. Mon ego en a pris un coup ! »
La perspective de rester à la porte de la sélection a contribué à dépasser les craintes. Avec bonheur. « Dès le premier entretien, ça m'a libéré car il me posait beaucoup de questions sur mes émotions en match. » Depuis, il prend toujours plusieurs minutes, avant chaque rencontre, pour échanger par téléphone avec son préparateur.Et si cela n'est pas possible, il lui laisse un message vocal pour évacuer ses émotions. Tout comme le tennisman le pratique avec Deville.
L'échange est une partie prenante de cette nouvelle forme de conditionnement à la performance. Pour Julien Deville, un bon professionnel est toujours dans l'écoute de son athlète. « Notre rôle est d'aider les sportifs à retrouver du plaisir, donc il faut qu'un échange s'installe, que celui-ci soit visuel. Si l'athlète est loin, on peut passer par les nouvelles technologies. Et cela nous permet de savoir si la relation peut s'établir avec un athlète. C'est vraiment un travail en binôme. »
Mais dans certains cas, les relations dépassent le cadre de la préparation mentale, certains préparateurs peu éthiques n'hésitant pas à se transformer en véritable gourou pour prévenir les dérives. « Il faut que le sportif soit au centre de tout, met en garde l'ancien triathlète, qui dispose de garde-fous. On gère de l'humain et on ne peut pas faire n'importe quoi. Le préparateur mental ne doit pas se mettre à la place de l'athlète, pour cela on a une obligation de supervision par nos pairs. »
Si, aujourd'hui, aucun diplôme d'État n'existe, la formation commence à prendre ses marques dans les universités, comme à Dijon ou Clermont-Ferrand. L'image d'Épinal de l'homme qui murmurait à l'oreille des athlètes disparaît donc peu à peu, pour laisser place à un nouveau processus vers la performance.
Source : https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/la-preparation-mentale-s-invite-chez-les-sportifs-5647281